Selon les critères occidentaux, le voyageur n’était pas vraiment considéré comme un bon parti. Les femmes qui décidaient, malgré les avertissements de leurs parents et du clergé, d’épouser un tel homme devaient être prêtes à une dure vie de labeur et de solitude. Si, dans les débuts de la colonie, certaines restaient en Europe en attendant le retour de leur mari, beaucoup choisirent plutôt d’aller s’établir de l’autre côté de l’océan.
La vie de la femme du voyageur n’était pas de tout repos. Étant seule la plupart du temps, elle devait s’acquitter de toutes les tâches pendant les absences prolongées de son mari. Toutefois, elle était plus émancipée que les autres femmes, puisqu’elle possédait un pouvoir décisionnel au sein du foyer. Si elle affrontait de nombreux défis quotidiens, la plus grande angoisse de l’épouse blanche du voyageur était de savoir s’il résisterait à toutes les tentations des contrées sauvages.
Les femmes indigènes ne connaissaient pas les tabous imposés par la morale occidentale. Elles disposaient donc librement des faveurs de leur corps, ce qui faisait d’elles des compagnes idéales pour les voyageurs de passage. Bien que les premiers Blancs qu’elles rencontrèrent leur parussent peu attirants, elles en vinrent à les attendre avec impatience tant ils étaient attentionnés et pleins d’égards.
Même s’il avait une femme qui espérait son retour à la maison, le voyageur n’avait que faire de la fidélité lorsqu’il se retrouvait aux postes de traite après un long voyage. Peu reconnu pour ses bonnes mœurs, il suscitait souvent la désapprobation des missionnaires. Chez les Autochtones, les unions passagères avec des Blancs étaient plutôt bien vues. Des voyageurs développaient parfois certains liens avec des femmes indigènes, qu’ils tentaient de revoir brièvement chaque année.
Il était fréquent que la femme inuite ou amérindienne tombe enceinte et donne naissance à un petit métis, également appelé « sang-mêlé ». L’enfant était alors élevé comme les autres autochtones puisque, pour les peuplades sauvages, la notion d’illégitimité n’existait pas. Devenus adultes, les hommes se mariaient dans la tribu. Les femmes, elles, pouvaient espérer séduire un voyageur comme l’avait fait leur mère, mais il était très rare qu’elles aillent vivre parmi les Blancs.