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Terres arctiques

De 1600 à 1665

La Compagnie de la Baie d’Hudson

Vers le début du XVIIe siècle, on observa un intérêt marqué de l’Europe pour le commerce des fourrures. Provoquée par l’expansion de la mode et la disparition du castor sur le Vieux Continent, la traite attira vers le Nouveau Monde de nombreux explorateurs désireux de faire fortune en se faisant coureurs des bois. C’est ce que firent, entre autres, les Français Pierre-Esprit Radisson et Médard Chouart Des Groseilliers.

Le commerce des fourrures

Figurant dans les toutes premières pages de l’histoire canadienne, la traite des fourrures fut véritablement au centre de l’expansion du pays. Pendant de nombreuses années, elle fut d’ailleurs la principale activité de commerce dans ce territoire nouvellement découvert. Elle suscita un engouement sans pareil, surpassant avec le temps les autres ressources naturelles comme le bois et le poisson.

L’intérêt pour les fourrures débuta dès le XVIe siècle, alors que des pêcheurs sillonnaient déjà les mers de l’Amérique. Lorsqu’ils mettaient le poisson à sécher sur la terre ferme, les nouveaux arrivants européens avaient parfois des contacts avec des Amérindiens, avec qui ils échangeaient divers objets contre des peaux et de la viande. Malins, les pêcheurs s’empressaient ensuite de vendre les fourrures échangées, valant leur pesant d’or sur le marché européen.

De son côté, revenu de ses voyages au Canada, Samuel de Champlain en décrivit les ressources à ses supérieurs, qui l’y expédièrent à nouveau pour qu’il y développe un réseau de traite. Jaloux de cette source de richesse découverte par les Français, les Anglais se mirent de la partie en tentant de leur faire concurrence dans le commerce des fourrures. Ce fut le début d’une longue lutte pour ce produit tant convoité.

Dépendant grandement d’un contact amical avec les peuples autochtones, le commerce des fourrures prit de l’ampleur rapidement, attirant de plus en plus d’aventuriers. Les Amérindiens arrivaient, les bras chargés de peaux, aux différents postes établis à des endroits stratégiques par les Occidentaux. Le développement de la traite des fourrures occasionna ainsi une vaste exploration du territoire par l’établissement de nouveaux « comptoirs de commerce ».

On s’intéressa d’abord aux peaux destinées à la confection de vêtements pour les gens bien nantis. Plus tard, les fabricants de feutre découvrirent tout le potentiel du duvet de castor, ce qui déclencha une véritable ruée vers l’Amérique. Jusqu’en 1830, les chapeaux de castor connurent une popularité sans précédent, mais les ardeurs du marché se résorbèrent pour laisser réapparaître un intérêt pour les fourrures de qualité supérieure.

D’importants postes de traite furent créés pour répondre à toute la demande européenne. C’est dans ce contexte que fut fondée la Compagnie de la Baie d’Hudson en 1670. Plus tard, vers la fin du XIXe siècle, l’avènement de la colonisation marquera le déclin de l’industrie de la fourrure.

Les coureurs des bois

À l’époque de la Nouvelle-France, les animaux à fourrure étaient abondants dans les forêts canadiennes et leur pelage représentait une certaine valeur marchande. Dans l’idée de faire fortune, de nombreux colons décidèrent donc de quitter leur foyer et leurs proches afin de gagner les bois en quête du précieux produit.

Le marché des fourrures étant tributaire des Amérindiens, les coureurs des bois devaient tour à tour s’en faire concurrents et amis. Ils parlaient souvent plusieurs langues autochtones, connaissaient la vie en forêt presque aussi bien que les indigènes et établissaient de nouveaux postes de traite, la plupart du temps sans autorisation.

S’ils devaient être robustes, débrouillards et courageux, les coureurs des bois n’étaient pas appréciés de tous. En effet, pour avoir le contrôle du marché, les dirigeants de l’époque n’autorisaient qu’un tout petit nombre d’hommes à parcourir les forêts pour récolter des peaux. Ne bénéficiant pas d’un tel permis, les coureurs des bois travaillaient donc dans l’illégalité.

Saturant le marché des fourrures, les coureurs des bois mettaient les autorités de la Nouvelle-France en rogne. Ainsi, pendant de nombreuses années, on leur interdit fermement tout commerce, sous peine de graves condamnations. On les accusait également de dépouiller Montréal de son rôle de « quartier général » des activités de traite.

Bientôt, on dut toutefois s’avouer vaincu en les autorisant à parcourir les forêts et en leur donnant le titre plus noble de « voyageur ».

Pierre-Esprit Radisson

Pierre Esprit Radisson naquit un peu avant 1640 en France. C’est durant son adolescence qu’il se rendit pour la première fois en territoire nord-américain afin d’y retrouver sa demi-sœur, Marguerite, qui vivait à Trois-Rivières avec son époux. Les temps étaient difficiles et teintés de conflits et d’affrontements violents entre Blancs et Amérindiens. C’est dans ce contexte que le jeune Radisson fut enlevé par des Iroquois vers 1651.

Lors de son séjour forcé dans un village iroquois, où il passa près de deux ans, Radisson s’initia aux langues autochtones et participa à ses premières expéditions de chasse. Il se fit adopter par une famille amérindienne qui le traita toujours avec gentillesse. Lors d’une sortie en forêt, il tenta vainement d’échapper à ses ravisseurs, mais fut repris et durement torturé. En 1653, il réussit toutefois à se sauver pour de bon en se réfugiant dans un poste de traite hollandais.

Il travailla quelque temps pour les Hollandais, avant de retourner à Trois-Rivières. Veuve depuis peu, sa sœur avait épousé Médard Chouart Des Groseilliers, un homme avec qui Radisson fut heureux de faire connaissance puisqu’ils partageaient le même esprit d’aventure. Ensemble, ils firent de nombreux voyages d’exploration et nouèrent des liens avec des peuples amérindiens.

À partir de 1660, Radisson et Des Groseilliers tentèrent plusieurs expéditions vers la baie d’Hudson. Ils s’improvisèrent d’ailleurs coureurs des bois pour le compte de la France, puis de l’Angleterre. Quelques années après avoir contribué à la fondation de la Compagnie de la Baie d’Hudson, Radisson quitta le continent nord-américain pour retourner en France.

Malheureusement pour lui, la situation en France n’était pas très rose et les emplois manquaient. Aspirant à devenir marin, il s’embarqua à bord de quelques navires pour, en 1678, faire naufrage dans les Caraïbes et perdre la totalité de ses biens. Trois ans plus tard, il fut de nouveau envoyé en Amérique afin de prendre possession de territoires au nom de la France.

De fil en aiguille, il reprit du service pour la Compagnie de la Baie d’Hudson. Au début du XVIIIe siècle, il retourna vivre en Angleterre pour y couler des jours paisibles en compagnie de sa troisième épouse. Bien que la date exacte ne soit pas connue, on estime qu’il mourut durant l’été de 1710.

Médard Chouart Des Groseilliers

On croit que Médard Chouart Des Groseilliers serait né vers 1618 à Marne, en France. Il fut élevé dans une ferme typique de l’époque avant de se rendre en Amérique. À son arrivée, il participa à des missions jésuites aux alentours du lac Huron, en tant que serviteur, soldat ou interprète. Peu de temps après, il épousa sa première femme, Hélène, qui mourut quelques années plus tard.

Veuf depuis peu, il se maria à Marguerite Hayet, demi-sœur de Pierre-Esprit Radisson qui, malgré son jeune âge, devint plus tard son fidèle compagnon de voyage. S’intéressant au commerce des fourrures, il se lança dans plusieurs expéditions qui lui firent explorer certains cours d’eau importants. Lorsqu’il fut parvenu à un âge raisonnable, le jeune Radisson l’accompagna un peu partout à travers le territoire sauvage nord-américain.

Au cours de ses périples, Des Groseilliers apprit à connaître en long et en large l’ensemble des cours d’eau entourant la baie d’Hudson. En 1670, en prouvant que ce territoire était un terreau fertile pour la traite des fourrures, il participa, avec Radisson, à la création de la Compagnie de la Baie d’Hudson. Pendant les années qui suivirent, il établit divers postes de traite pour le compte des Français, puis des Anglais, avant de finir ses jours vers 1696.