Le voyage de Radisson et Des Groseilliers connut son lot de problèmes, puisqu’ils ne possédaient pas les autorisations nécessaires pour pratiquer la traite des fourrures. Ils se virent donc confisquer le fruit de leurs efforts et, en colère, décidèrent de s’allier aux Anglais. Aidés du prince Rupert d’Angleterre, ils créèrent, en 1670, la désormais célèbre Compagnie de la Baie d’Hudson, qui s’étendait dans le nord et l’ouest du Canada. Ce n’est toutefois qu’au XIXe siècle que l’Arctique devint un fournisseur majeur dans le commerce des fourrures.
Pierre-Esprit Radisson et Médard Chouart Des Groseilliers sont l’image même des coureurs des bois typiques. Défiant les autorités et s’initiant au mode de vie des Amérindiens, ils furent au cœur de la création de la Compagnie de la Baie d’Hudson, au centre même de l’histoire de la traite des fourrures.
Sans autorisation formelle, les deux explorateurs entreprirent, en 1659, un voyage vers les Grands Lacs. Pendant tout un hiver, ils commercèrent avec les Amérindiens afin d’accumuler une imposante cargaison de fourrures, qu’ils tentèrent de rapporter chez eux pour en tirer profit.
Loin de les accueillir en héros, le gouverneur général de l’époque, agissant au nom de la France, confisqua plutôt toute leur cargaison et les accusa d’avoir illégalement marchandé. Dans leur pays natal, ils cherchèrent à convaincre les autorités de financer leur nouveau projet visant à atteindre la baie d’Hudson, une région nordique signalée par les Amérindiens, mais se heurtèrent à un refus.
Frustrés de leur expérience, ils se tournèrent vers les Anglais, qui mirent à leur disposition deux navires, le Nonsuch et l’Eaglet. Le 3 juin 1668, ils quittèrent l’Angleterre. Si l’un des navires n’atteignit jamais sa destination, le Nonsuch accosta toutefois à la baie James, juste au sud de la baie d’Hudson, après près de quatre mois de navigation.
À leur arrivée, ils érigèrent le fort Charles comme poste de traite pour commercer avec les Amérindiens. Ils acquirent les terres au nom de l’Angleterre et remirent le fruit de leurs efforts aux Anglais, qui reconnurent le succès de leur entreprise. En 1670, ils furent parmi ceux qui commandèrent une charte au gouvernement afin de créer officiellement la Compagnie de la Baie d’Hudson.
La Compagnie de la Baie d’Hudson fut fondée par un regroupement d’hommes, incluant nombre de nobles et le prince Rupert, qui formaient auparavant la « Compagnie des aventuriers d’Angleterre trafiquant dans la baie d’Hudson », dédiée également à la traite des fourrures. Le 2 mai 1670, le prince Charles II leur accorda donc, par le biais d’une charte royale, le monopole de ce commerce sur toutes les terres baignées par la baie d’Hudson.
Maîtresse absolue sur l’ensemble de son territoire, la compagnie dictait elle-même ses lois, imposait ses propres sanctions, construisait autant de bâtiments qu’il lui semblait bon, en plus d’assurer le maintien de la paix avec les peuples autochtones. Elle fit des affaires d’or pendant de nombreuses années, se contentant d’attendre la venue des Amérindiens dans les différents postes de traite.
L’essor de la Compagnie de la Baie d’Hudson fut toutefois ralenti par les divers conflits qui éclatèrent entre Anglais et Français. Elle connut également quelques difficultés lors de la formation de la Compagnie du Nord-Ouest, destinée à lui faire concurrence. À partir de ce moment, une lutte de pouvoir s’amorça, poussant les deux parties à explorer l’Ouest en quête de fourrures. Ne pouvant plus tenir le rythme, elles fusionnèrent pour finalement contrôler la presque totalité du territoire canadien.
En 1859, la prospère compagnie perdit son monopole lorsqu’on établit que tout un chacun pouvait librement commercer sur le territoire. Toutefois, c’est une dizaine d’années plus tard qu’elle renonça officiellement à ses droits en signant l’Acte de capitulation, cédant le contrôle de son territoire au tout nouveau Dominion du Canada. Seuls les forts et les comptoirs étaient désormais sous sa charge.
Après avoir signé l’Acte de capitulation, la compagnie modifia du tout au tout ses activités, vendant des terres à des colons et s’occupant du matériel nécessaire à leur établissement. Bientôt, les postes de traite furent transformés en magasins de vente au détail. Pendant la Première Guerre mondiale, elle s’occupa également de fournir et transporter diverses marchandises.
Possédant plusieurs magasins dans les années soixante, la Compagnie de la Baie d’Hudson poursuivit son expansion en acquérant d’autres bannières. Vers 1978, alors renommée La Baie, elle se tailla une place parmi les plus importants détaillants au pays. Aujourd’hui basée à Toronto, la compagnie continue de faire des petits à l’aube de ses 338 années d’existence.
L’aventure de la traite des fourrures en Arctique débuta véritablement vers la fin du XIXe siècle. À cette époque, l’essor de la chasse à la baleine se résorbait, et les habitants du Nord étaient à la recherche de nouveaux moyens de subsistance. Ainsi, on les initia à la chasse au renard, qui permit de revitaliser un peu l’économie de la région.
Intéressée par cette source de profit, la Compagnie de la Baie d’Hudson ouvrit un premier poste de traite à Fort McPherson, en 1912, puis bien d’autres à travers le territoire enneigé. Attirant les Inuits en quête de revenus, ces établissements permirent la formation de communautés permanentes dans le Nord.
Malheureusement, au bout de quelques dizaines d’années, la demande en fourrure diminua considérablement. La chasse au renard arctique, qui s’était alors répandue jusqu’aux confins de l’île Banks, connut un fort déclin, entraînant dans une pauvreté extrême de nombreuses familles du Nord.