Le tout premier à faire mention d’une voie navigable reliant l’Atlantique au Pacifique fut le célèbre explorateur Jean Cabot, en 1490. Il inspira ainsi de nombreux navigateurs qui, pendant des siècles, cherchèrent sans succès le fameux passage du Nord-Ouest. De William Edward Parry à John Franklin, en passant par Robert McClure, toutes les quêtes furent infructueuses et coûtèrent parfois la vie à de nombreux hommes d’équipage. C’est Roald Amundsen qui, en 1906, fut le premier à traverser les eaux arctiques d’est en ouest.
Au XVIIe siècle, de plus en plus déterminée à trouver le passage du Nord-Ouest, l’Angleterre se mit à offrir de l’argent aux voyageurs qui se rendraient le plus loin dans l’Arctique. En fait, on destinait une très importante prime au premier explorateur qui atteindrait le Pacifique par les eaux nordiques. C’est dans ce contexte que William Edward Parry, à bord de l’Alexander, et John Ross, aux commandes de l’Isabella, prirent la mer en 1818.
Naviguant jusqu’au détroit de Lancaster, John Ross fit l’observation de montagnes à l’extrémité du plan d’eau. Convaincu que cette voie ne menait nulle part, il décida de faire marche arrière, malgré le désaccord de Parry qui le suivait à bord d’un autre navire. Se rendant compte, à son retour, que les « monts Crocker » qu’il avait décrits n’étaient sûrement qu’une illusion d’optique, il fut discrédité et ne trouva plus de subventions pour ses voyages pendant de nombreuses années.
En 1829, Ross convainquit un de ses amis de financer un nouveau périple vers l’Arctique. Toutefois, comble d’infortune, son bateau resta prisonnier des glaces. Les membres de l’équipage durent lutter pour leur survie pendant quatre longues années, avant d’être secourus par un autre navigateur et ramenés en Angleterre. Malgré sa mauvaise expérience précédente, il fut accueilli en héros pour avoir survécu si longtemps dans ce milieu inhospitalier. Déterminé, il retourna une dernière fois en Arctique, en 1850, à l’âge de 72 ans.
Navigateur depuis son plus jeune âge, William Edward Parry arriva dans le détroit de Lancaster un peu après Ross. Il ne remarqua rien de particulier à cet endroit, contrairement à son subalterne qui avait affirmé y avoir aperçu des montagnes. Il dirigea une nouvelle expédition en 1819. En repassant par le détroit, il prouva hors de tout doute que Ross avait imaginé les fameux « monts Crocker », ajoutant au discrédit public de celui-ci.
Au cours de son voyage, il se fraya un chemin vers l’ouest à une longitude encore jamais atteinte par un Européen. Il dut bientôt rebrousser chemin, mais prouva que le détroit de Lancaster s’ouvrait sur une route maritime pouvant mener à la découverte du passage du Nord-Ouest. Ses expéditions suivantes permirent d’en savoir plus sur la faune arctique ainsi que sur l’emplacement du pôle magnétique. Bien qu’il n’ait jamais atteint le pôle ni retrouvé Franklin, il fut le premier à se rendre à plus de 82 degrés de latitude nord.
Le nom de John Franklin est irrémédiablement lié à l’Arctique, puisque l’explorateur fut au cœur de l’une des expéditions les plus déterminantes et tragiques jamais menées dans ce territoire aride. Il permit de cartographier une bonne partie de la région, mais doit surtout sa renommée au déploiement d’efforts des nombreuses expéditions de recherche qui furent envoyées pour le retrouver.
Né en 1786, Franklin se rendit en Arctique pour la toute première fois en 1819, lorsqu’il fut chargé de cartographier la côte. Son manque d’organisation et son entêtement engendrèrent divers conflits avec les peuples autochtones ainsi qu’au cœur de son propre équipage, en manque de vivres. Il fit un second voyage dans le Nord, en 1825, prévoyant cette fois plus de provisions, mais dut rebrousser chemin en raison du froid trop intense.
En mai 1845, John Franklin s’engagea dans une troisième et dernière expédition dans l’Arctique. Responsable de deux navires, le Terror et l’ Erebus , et d’un équipage de 134 hommes, il prit la mer en direction du détroit de Lancaster. Malgré des bateaux équipés de moteurs à vapeur et de systèmes de chauffage, une innovation pour l’époque, ils ne revinrent jamais de leur expédition.
Pendant de nombreuses années, le mystère resta entier en ce qui concerne le sort de l’équipage et des embarcations de Franklin. Plus de quarante voyages de recherche furent organisés pour tenter de les retrouver ou, à tout le moins, recueillir des indices sur ce qui leur était arrivé. Si, pendant bon nombre d’années, personne ne trouva trace de leur passage, les recherches engendrèrent une grande vague de découvertes sur le territoire arctique.
C’est finalement John Rae qui recueillit des témoignages d’Inuits et des objets ayant appartenu aux matelots, en 1854, et en arriva à la triste conclusion que tous avaient péri. Les restes de Franklin et de son équipage furent retrouvés progressivement, éparpillés sur de très grandes distances. Récemment, dans les années 80, des corps encore bien conservés ont été découverts sur l’île du Roi-Guillaume et étudiés.
Il est probable que Franklin soit décédé sur l’île du Roi-Guillaume lorsque ses navires restèrent coincés dans les glaces, en 1847. Les survivants auraient vraisemblablement tenté de poursuivre la route à pied, mais seraient graduellement morts de faim, d’épuisement ou du scorbut. La présence de plomb dans des corps retrouvés permet également de croire que certains seraient morts intoxiqués par ce métal utilisé pour sceller les conserves. Malgré leur destin tragique, les hommes de Franklin furent les premiers à découvrir le passage du Nord-Ouest.
Robert McClure fut le premier à prouver l’existence du passage du Nord-Ouest, bien qu’il n’arrivât pas à franchir lui-même les eaux gelées de l’Arctique. Dans la marine depuis l’âge de 17 ans, McClure forgea son expérience en effectuant divers voyages dans les Grands Lacs et les Antilles. Comme beaucoup d’autres navigateurs, on lui demanda, en 1848, de partir à la recherche de John Franklin, dont il ne retrouva malheureusement aucune trace.
C’est en 1850, lors de sa troisième expédition dans l’Arctique, que l’Irlandais découvrit le détroit du Prince-de-Galles, tout près de l’île Banks. Bien que son navire ne pût s’y aventurer bien loin, il poursuivit sa progression en traîneau jusqu’au détroit du Vicomte de Melville. À cet endroit, l’idée d’avoir peut-être trouvé le fameux passage du Nord-Ouest, rêve caressé par bien d’autres avant lui, commença à germer dans son esprit.
Pour s’assurer de sa découverte, il retourna explorer la côte de l’île Banks. Malheureusement, son navire se coinça entre deux plaques de glace près de la baie Mercy et il dut l’abandonner pour continuer sa route en traîneau. Plusieurs de ses hommes, mal nourris, souffraient du scorbut lorsque l’équipage du Resolute les retrouva, en 1853. Ils durent toutefois passer un hiver de plus dans l’Arctique, toujours prisonniers des glaces.
En septembre 1854, le commandant du Resolute, Henry Kellet, ramena son équipage ainsi que celui de McClure à bon port, en Angleterre. L’explorateur reçut une forte somme pour avoir prouvé l’existence du passage du Nord-Ouest et fut sacré chevalier. À cette époque, nul ne savait ce qu’il était advenu de Franklin, qui avait lui aussi trouvé la route tant convoitée, mais avait péri avant d’annoncer la nouvelle. McClure prit sa retraite du monde naval et mourut en 1873.
Originaire de la Norvège, Roald Amundsen rêvait de grandes explorations depuis son plus jeune âge. Il eut l’occasion de mettre à l’épreuve ses compétences en 1897 lorsqu’il s’embarqua comme second à bord du Belgica, en direction de l’Antarctique. Lorsque le capitaine tomba malade, c’est lui qui dut assurer la survie de l’équipage en usant d’ingéniosité. Ce voyage lui permit de gagner suffisamment d’assurance pour planifier sa propre expédition, cette fois vers l’Arctique.
En 1903, Amundsen se lança dans un périple qui lui valut, plus tard, une renommée internationale : la traversée du passage du Nord-Ouest. À bord du Gjoa, il localisa le pôle magnétique, découvert par James Clark Ross en 1831, et évalua que celui-ci se déplaçait légèrement tous les ans. Poursuivant sa route vers l’ouest, il fut fait prisonnier des glaces pendant un hiver, avant d’arriver, à l’automne 1906, à San Francisco. Il fut donc le premier explorateur à traverser le passage du Nord-Ouest, un exploit alors considéré comme légendaire.
Fier de son succès mais toujours assoiffé d’aventure, Roald Amundsen organisa un second voyage dans l’Antarctique, en 1911, souhaitant être le premier à atteindre le pôle Sud. Quelques années auparavant, il avait plutôt souhaité se rendre au pôle arctique, mais avait été devancé par Robert Peary. Accompagné de quatre aventuriers et de 52 huskies, il brava le climat antarctique et atteignit son objectif le 14 décembre de la même année.
En 1920, il tenta la traversée des eaux arctiques en empruntant le passage du Nord-Est, qui longe la Russie pour atteindre le détroit de Béring. Il concentra ensuite ses efforts à explorer les territoires nordiques par la voie des airs et survola les eaux polaires, prouvant l’absence de terres dans cette région. Il mourut, en 1928, en essayant de retrouver un autre explorateur disparu dans l’Arctique.