La civilisation occidentale doit l’une des premières descriptions des terres inconnues du Nord à l’astronome et explorateur grec Pythéas, qui s’y serait rendu vers l’an 330 av. J.-C. Environ huit siècles plus tard, une autre expédition à l’équipage plutôt original se montra désireuse de rejoindre les régions enneigées. En effet, le saint Brendan, accompagné de dix-huit moines, quitta l’Irlande à la recherche d’un paradis terrestre.
Les premiers écrits détaillés faisant mention du Nord furent rédigés par Pythéas, géographe et astronome grec. Ses textes laissent croire qu’il se serait lui-même rendu dans ce territoire inhospitalier, en longeant les côtes européennes de l’Atlantique pour découvrir, entre autres, les Orcades et l’île de Thulé.
Né à Marseille, jadis une colonie grecque, environ 380 ans avant notre ère, Pythéas s’intéressa très jeune aux sciences de la Terre grâce à son père mathématicien. Il calcula d’ailleurs l’inclinaison du globe et fit la déduction que, bien au nord, à une certaine période de l’année, le soleil ne se couchait jamais, une réalité qui le fascinait. Il fut également le premier à décrire le phénomène des marées.
En l’an -330, Pythéas quitta Marseille pour naviguer vers le nord, probablement à bord d’un navire marchand. Un périlleux voyage s’ensuivit, le menant vers la côte espagnole, le détroit de Gibraltar, la Grande-Bretagne, les Orcades et, finalement, l’île de Thulé, le point le plus au nord qu’il atteignit et où il put contempler le fameux soleil de minuit.
Pendant longtemps, l’île de Thulé, correspondant aujourd’hui probablement à l’Islande, fut le point le plus nordique jamais répertorié. Pour les Grecs de l’Antiquité, elle était décrite comme la plus lointaine des terres connues. D’après les écrits de Pythéas, elle fut atteinte en naviguant six jours au nord de la Grande-Bretagne. À son retour de voyage, l’explorateur fit le récit de ses aventures dans un recueil appelé Description de l’océan.
Durant le Moyen-Âge, certains moines irlandais avaient pour habitude de s’isoler sur des îles inhabitées afin de se recueillir en toute tranquillité. Il n’en fallut pas plus pour inspirer les Celtes, épris d’aventures mystiques et de voyages, qui créèrent toute une série de récits où se mêlaient histoire et légende. C’est ainsi que naquit l’histoire du saint Brendan, une aventure brodée semblant toutefois s’inspirer d’événements et de personnages réels.
Au centre d’une expédition aux allures fantastiques, où le monde spirituel des religieux et la réalité se côtoient, le personnage de Brendan a probablement réellement existé. Né en 486, en Irlande, et élevé dans la noblesse, il reçut une solide éducation avant de devenir prêtre. Après avoir fondé plusieurs abbayes, il se mit dans l’idée de partir à la recherche d’un territoire sacré, où il pourrait laisser libre cours à sa ferveur religieuse.
C’est ainsi que, vers l’an 530, il prit la mer, accompagné de près d’une vingtaine de moines. Le récit de leur voyage est largement truffé d’apparitions divines, d’expériences spirituelles et de créatures mystiques. Toutefois, certaines descriptions de lieux, officiellement inexplorés à l’époque, semblent trop réelles pour ne relever que de l’imagination. C’est d’ailleurs en explorant des mers nordiques qu’ils auraient été les premiers à faire état d’un « palais de cristal flottant », très probablement un iceberg.
Selon le compte-rendu de leur voyage, on peut supposer que Brendan et son équipage auraient exploré l’Islande et peut-être même atteint le Groenland. Ils seraient donc parmi les premiers Occidentaux à avoir vécu brièvement à une telle latitude nordique. En 700, on a d’ailleurs découvert des traces d’une présence monastique en territoire islandais.